J’ai commencé à me maquiller à l’âge de 12 ou 13 ans, début collège. Je m’en souviens bien parce que je fais partie de ces personnes qui ont eu l’immense « privilège » de connaître leur puberté très tôt (dans mon cas, à 8 ans). En plus de devoir me cacher pour mettre des serviettes hygiéniques dans des toilettes sans poubelle, j’ai eu en cadeau l’apparition de boutons qui va bien en bonus. Que voulez-vous, quand on est gâté…

Mes parents m’ont toujours laissé relativement tranquille avec ça. Mon père s’en fichait et ma mère était compréhensive. Étant adolescente en surpoids avec une poitrine assez conséquente, elle se doutait bien que le regard des autres (et plus généralement, les autres tout court) était difficile à supporter. C’est elle d’ailleurs qui m’a acheté mon premier correcteur, un stick tout bête d’une marque de grande surface qui faisait son job comme il pouvait. A l’âge où tous mes camarades avaient encore une peau de bébé, je me battais perpétuellement avec ma peau et mes cheveux qui produisaient du sébum à n’en plus finir. Me maquiller était une étape obligatoire avant d’aller à l’école, il n’y avait aucune exception.

Quand je suis entrée en troisième, mes parents ont commencé à être plus permissifs. J’ai ajouté du crayon noir et du mascara à ma routine. A cette époque je commençais à écouter du punk-rock (style que j’apprécie encore beaucoup d’ailleurs) et je rêvais de pouvoir un jour porter des smoky noirs aussi stylés que ceux d’Avril Lavigne.

Enfin, c’est au lycée que j’ai commencé à m’intéresser vraiment au maquillage. J’ai commencé à regarder de plus en plus de vidéo Youtube et, étant en internat, j’étais libre de faire ce que je voulais (de toute façon mes parents m’ont toujours laissé une très grande liberté concernant mon apparence, je leur en suis vraiment reconnaissante pour ça). J’ai réalisé mon rêve de collège en portant des smoky assez chargés et je continuais à faire mon teint de manière plus complète : fond de teint, poudre, blush et un léger contouring.

Entre temps je m’étais « débarrassé » de mon problème de surpoids pour afficher un très léger 45kg. J’étais mince (maigre ?) et maquillée. Je plaisais. Encouragée dans cette optique de séduction, j’ai continué à me maquiller et me lisser les cheveux (encore mouillés) tous les matins. Ça me prenait littéralement plus d’une heure mais après tout, être présentable était bien moins important que mon sommeil (déjà insuffisant à cause de l’internat).

Quand j’ai eu mon premier « vrai » copain, en première, ça a été un soulagement. Non, je ne finirais pas seule finalement. Tous les matins, j’avais une raison en plus pour me « faire belle ». Mais bien vite un problème de taille est apparu quand, notre relation évoluant, j’ai rencontré ses parents et que j’ai du dormir chez lui : je devrais me montrer impérativement sans maquillage (dormir maquillée étant hors de question).

J’ai beaucoup redouté cette épreuve et la réaction de mon (ex) copain a été à la hauteur de mes attentes : il n’a pas caché sa déception. « Ah… Bah tu es très différente pas maquillée… Tu n’as pas une très belle peau… »

Ce genre de chose, je l’ai vécu plusieurs fois. Que ce soit de la part d’ami(e)s maladroits ou de la part de filles de l’internat quand je me baladais sans maquillage. Et je peux vous dire que : que ce soit de vive voix avec un sourire ou juste des murmures derrière mon dos, ça m’a fait mal de la même manière.

Très vite, le maquillage est devenu un besoin, au même titre que manger ou dormir. J’avais besoin de me maquiller pour sortir, et ce, même si c’était pour aller acheter du pain en bas de chez moi. Je ne prenais plus vraiment de plaisir à ce que je faisais, c’était machinal. Je me maquillais comme je me brossais les dents. Je ne pouvais pas ne pas le faire sans me sentir mal à l’aise et je ne tolérais pas qu’on puisse me voir sans. Exit les potes qui passent à l’improviste, exit les sorties sur un coup de tête. Mon maquillage m’enfermait, je le savais, mais je ne pouvais pas en sortir. Pire, j’avais l’impression d’être une sorte d’escroquerie. Quand bien même je recevais des compliments, ils étaient faux. Jamais ils n’auraient complimenté la personne derrière le fond de teint.

Arrêter de se maquiller, c’est dur quand ça devient votre armure, vous savez. C’est d’autant plus dur que c’est difficile à comprendre pour celleux qui ne le vivent pas. Combien de fois mon (ex) copain m’a dit « Arrête tes caprices, tu peux bien sortir sans maquillage quand même, tu vas pas passer un concours ». Comme si c’était un caprice, comme si c’était aussi simple. Non, je ne passais pas un concours, mais à chaque fois qu’il me demandait ça, j’avais l’impression qu’il me demandait de sortir nue.

Nous avons rompu, un jour. Et un jour, un autre garçon est entré dans ma vie. Ce n’était pas une relation sérieuse, on couchait juste ensemble, en fait. Mais je me sentais bien. Il ne manquait pas de complimenter mon physique, même sans maquillage. Ma personne, plus généralement. Plus qu’un plan cul, nous sommes devenus amis. Petit à petit j’ai arrêté de mettre du blush, puis du fond de teint, puis du mascara.

Je ne sais pas si c’est mon âge ou le fait de laisser ma peau respirer un peu (ou encore un subtil mélange des deux) mais mes boutons ont disparus. Je me suis rendu compte que je n’avais plus besoin de me maquiller de manière systématique. Mon début dans le militantisme et la rencontre de mon nouveau copain ont fini de faire le boulot.

Aujourd’hui, je ne porte plus que du liner et quand j’ai la flemme, quand je vais faire des courses, quand je vais juste voir mon copain, je ne porte rien. Et je ne me sens plus désolée par rapport à ça. Je me maquille quand j’en ai envie, pour des soirées, pour des cosplays ou pour le plaisir, tout simplement. Je me suis rendu compte que, pour régler ce problème de maquillage, il fallait que je règle un problème avec moi-même. En l’occurrence, m’entourer de personnes bienveillantes, cesser la relation toxique que j’entretenais avec mon ex.

C’est encore un combat. Oui, parfois, je me maquille pour aller faire des courses quand je me sens déprimée parce que le regard des gens (fictif ou non) me pèse.

Mais aujourd’hui, je me sens forte d’avoir dépassé tout ça et je suis fière de moi. Je ne m’excuserais plus de ne pas porter de maquillage.

Cet article n’aura pas de morale. Il n’a pas été écrit dans ce but d’ailleurs. Je ne vais pas vous dire de ne plus vous maquiller. J’adore le maquillage, que je considère comme un art à part entière. Je ne vais pas vous dire non plus que vous avez un problème si vous n’arrivez pas à sortir sans ça, que vous devriez le faire. J’avais envie d’écrire cet article car j’avais besoin que ça sorte. J’avais envie de proposer mon témoignage, une expérience, puisse t-elle être bénéfique à quelqu’un ou lui donner des pistes de réflexion.

Comme d’habitude, n’hésitez pas à réagir si le cœur vous en dit. C’est toujours un énorme plaisir de vous lire et de vous répondre. J’en profite également pour vous dire que si vous avez envie que j’aborde un sujet, n’hésitez pas non plus à me le faire savoir (par exemple, la vie en internat ou mon expérience du surpoids).

Je vous dis à la semaine prochaine, faites attention à vous.

Des bisous, si consentis,

Karma

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